{"id":866,"date":"2018-03-16T08:31:59","date_gmt":"2018-03-16T08:31:59","guid":{"rendered":"http:\/\/valerievaubourg.com\/?page_id=866"},"modified":"2018-03-16T08:35:31","modified_gmt":"2018-03-16T08:35:31","slug":"muscamedia-a-partir-de-linceul-texte-de-frederic-yvan","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/valerievaubourg.com\/?page_id=866","title":{"rendered":"MUSCAMEDIA  \u00c0 partir de Linceul, Texte de  Fr\u00e9d\u00e9ric Yvan"},"content":{"rendered":"<p><b><i><a href=\"http:\/\/valerievaubourg.com\/?attachment_id=770\" rel=\"attachment wp-att-770\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-770\" src=\"http:\/\/valerievaubourg.com\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/P1090287.jpeg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"768\" \/><\/a><br \/>\n<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>MUSCAMEDIA<\/i><\/b><\/p>\n<p>\u00c0 partir de <i>Linceul<\/i>, de Val\u00e9rie Vaubourg<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Yvan<\/p>\n<p>La Malterie<\/p>\n<p>28 mai 2015<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La puissance des mouches, elles gagnent des batailles, emp\u00eachent notre \u00e2me d\u2019agir, mangent notre corps.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pascal, <i>Pens\u00e9es<\/i><\/p>\n<p><b>\u00c0 l\u2019ouvrage\u2026<\/b><\/p>\n<p><i>Femme sage reste \u00e0 son ouvrage<\/i> (2013). Apparemment, Val\u00e9rie Vaubourg est \u00e0 l\u2019ouvrage\u00a0: on l\u2019imagine patiente, pr\u00e9cise, d\u00e9licate, brodant minutieusement figure et texte \u2013 une Blanche-Neige domestique et un proverbe fran\u00e7ais. Mais, \u00e0 regarder plus pr\u00e9cis\u00e9ment cet ouvrage de dame,\u00a0 assur\u00e9ment non\u00a0: la broderie est m\u00e9canique et le tambour est un leurre\u00a0; ouvrage en trompe l\u2019\u0153il.<\/p>\n<p>Pourtant, et d\u2019une toute autre fa\u00e7on, de <i>Femme(s) mod\u00e8le(s)<\/i> (2003), \u00e0 <i>Linceul<\/i> (2015), la plasticienne est \u00e0 l\u2019ouvrage. C\u2019est \u00e0 ce travail qui se d\u00e9ploie depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es que nous nous attacherons. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment nous nous int\u00e9resserons au devenir de celui-ci jusqu\u2019\u00e0 <i>Linceul<\/i> \u2013 la partie <i>via<\/i> le tout; \u00e9lucider une d\u00e9marche, d\u00e9terminer un mouvement, rep\u00e9rer des transformations\u00a0; voies, n\u0153uds, croisements.<\/p>\n<p><b>Du trait au fil<\/b><\/p>\n<p><b>Du papier au tissu<\/b><\/p>\n<p><b>Tracer, broder<\/b><\/p>\n<p>Si les motifs de <i>Femme(s) mod\u00e8le(s)<\/i> (2003), sont des figures imprim\u00e9es \u2013 s\u00e9rigraphies \u2013, les motifs de <i>Linceul<\/i> (2015) \u2013 des mouches \u2013 sont brod\u00e9es\u00a0; du trait au fil et du papier au textile, il y a des modifications \u00e0 l\u2019\u0153uvre\u00a0; changement de techniques et de mat\u00e9riaux qui manifeste une mutation de la pratique et donc de l\u2019objet.<\/p>\n<p><i>Femme(s) mod\u00e8le(s)<\/i> (2003) se pr\u00e9sente comme un papier peint\u00a0: motifs diff\u00e9rents r\u00e9p\u00e9t\u00e9s en aplat imprim\u00e9es en surface d\u2019un papier. La m\u00eame pratique est adopt\u00e9e pour <i>Pastorale<\/i> (2004), <i>La vie en rose<\/i> (2004), et encore pour <i>Cet \u00e9t\u00e9 l\u00e0, j\u2019\u00e9tais en vacances<\/i> (2007)\u00a0: les motifs et les sc\u00e8nes changent mais ce sont toujours des papiers peints. C\u2019est avec <i>Pour vivre heureux, restons cach\u00e9s<\/i> (2007) et avec <i>For\u00eat enchant\u00e9e<\/i> (2011), que la pratique se modifie. Dans <i>For\u00eat enchant\u00e9e<\/i> (2011) la technique appara\u00eet mixte : aux motifs d\u2019oiseaux dessin\u00e9s au trait noir est associ\u00e9 un travail au fil rouge \u2013<\/p>\n<p>Changement doublement signifiant donc. <i>Linceul<\/i> (2015), n\u2019est plus que fil(s) \u2013 celui du textile et celui du motif de mouche brod\u00e9. Le motif a pris de la consistance, de la mat\u00e9rialit\u00e9, le rapport entre fond et surface, pour ainsi dire, s\u2019est modifi\u00e9\u00a0: le trac\u00e9 \u2013 motif \u2013 est alors moins une figure qu\u2019un objet qui n\u2019est plus dans une relation de surface en tant qu\u2019il fait n\u0153ud avec l\u2019\u00e9toffe. Le motif fait corps\u00a0; l\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment o\u00f9 le corps dispara\u00eet, se dissout, a disparu.<\/p>\n<p>Une autre mani\u00e8re d\u2019envisager la transformation \u00e0 l\u2019\u0153uvre est de regarder les premiers\u00a0 travaux de Val\u00e9rie Vaubourg en n\u00e9gatif\u00a0: non pas du point de vue des motifs imprim\u00e9s mais de celui de l\u2019entre \u2013 d\u2019une r\u00e9partition du vide, des interstices ou du dessin intersticiel pour ainsi dire. Comme le dit\u00a0 Georges Braque \u2013 cit\u00e9 par Fran\u00e7ois Jullien dans <i>De l\u2019\u00catre au Vivre<\/i>\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0cet \u00ab\u00a0entre-deux\u00a0\u00bb me para\u00eet aussi capital que ce qu\u2019ils appellent l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0objet\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La r\u00e9p\u00e9tition de motifs est donc information, comme en n\u00e9gatif, de ce que Meyer Shapiro nomme le champ iconique \u2013 qui est le champ d\u2019apparition de l\u2019objet.<i> <\/i>De <i>Femme(s) mod\u00e8le(s)<\/i> (2003) \u00e0 <i>Cet \u00e9t\u00e9 l\u00e0, j\u2019\u00e9tais en vacances<\/i> (2007) on peut donc consid\u00e9rer ces papiers peints par les \u00ab\u00a0trous\u00a0\u00bb ou les \u00ab\u00a0blancs\u00a0\u00bb qui les font consister. Cette approche se per\u00e7oit plus clairement dans <i>Motifs au grenades<\/i> (2005). Une premi\u00e8re version est un papier imprim\u00e9 au motif serr\u00e9 et ou les \u00ab\u00a0blancs\u00a0\u00bb participent pleinement de la figuration du motif. Une seconde version radicalise le proc\u00e9d\u00e9\u00a0: le motif est obtenu par perforation d\u2019une plaque de plexiglas\u00a0: les \u00ab\u00a0blancs\u00a0\u00bb sont devenus des vides\u00a0; c\u2019est le rapport plein\/vide \u2013 et non plus trait\/blanc \u2013 qui devient signifiant. Le vide s\u2019inscrit directement dans la figure. La perforation \u2013 associ\u00e9e au d\u00e9coupage \u2013 est reprise d\u2019une autre mani\u00e8re dans <i>Bouquet final<\/i> (2010). Si <i>Recherches<\/i> (2013) et <i>Chaperon<\/i> (2013), des volumes en dentelle,\u00a0 semblent rompre avec la pratique pr\u00e9c\u00e9dente, n\u2019en sont-ils pas plut\u00f4t l\u2019expression radicalis\u00e9e\u00a0? En effet, <i>Motifs au grenades<\/i> (2005) n\u2019est-il pas dentelle en puissance\u00a0? Et, originellement, les papiers peints qui pr\u00e9c\u00e8dent\u00a0? La dentelle n\u2019est-elle pas, mise \u00e0 plat, une surface constitu\u00e9e de motifs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s produits par un nouage particulier\u00a0? C\u2019est comme si les papiers peints s\u2019\u00e9taient progressivement transform\u00e9s en dentelle qu\u2019ils sont en puissance\u00a0; le trait devenant fil et le papier textile. Mat\u00e9riau devenant autonome et permettant alors de configurer par un vide \u2013 un autre vide \u2013 des fragments de corps animal (cr\u00e2nes d\u2019oiseau, pattes de cheval)\u00a0; ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019absence ou la disparition de ces bouts de corps.<\/p>\n<p>Ces deux lectures aboutissent \u00e0 une expression de la dissolution du corps\u00a0; de la figure au vide.<\/p>\n<p><b>Figure(s) et vide<\/b><\/p>\n<p><i>Femme sage reste \u00e0 son ouvrage<\/i> (2013) est l\u2019un des motifs de <i>Femme(s) mod\u00e8le(s)<\/i> (2003)\u00a0: une princesse domestique, une femme en smoking, une femme en burqa, une parturiente, une femme en bikini, une madone \u00e0 l\u2019enfant J\u00e9sus, et une femme au sexe d\u2019homme (un troisi\u00e8me sexe). Mais ces motifs repr\u00e9sentent cependant moins des femmes que des images \u2013 des mod\u00e8les \u2013 en rapport \u00e0 des st\u00e9r\u00e9otypes. Ces figures sont sans visage et le corps n\u2019y est toujours apparant que de fa\u00e7on fragment\u00e9 d\u2019une part et comme simple support d\u2019autre part. Les femmes mod\u00e8les sont sans visage, anonymes, et leur corps r\u00e9duit en fragments-signifiants social, biologique et \u00e9rotique. Mais ces fragments de corps ne participent m\u00eame pas d\u2019un corps mat\u00e9riel et consistant\u00a0: les languettes de ces figures sont adh\u00e9rentes au corps et non au v\u00eatement. Autrement dit, si ces figures, sortes de vignettes, manifestent certes par le trait l\u2019ali\u00e9nation des femmes\u2013 les st\u00e9r\u00e9otypes comme des carcans impos\u00e9s \u2013, elles d\u00e9voilent plus pr\u00e9cis\u00e9ment que derri\u00e8re ces figures, il n\u2019y a rien\u00a0; pas m\u00eame un corps. Ces figures signifient finalement, en n\u00e9gatif pour ainsi dire, l\u2019absence ou le vide de corps.<\/p>\n<p>Les papiers peints <i>Pastorale<\/i> (2004), <i>La vie en rose<\/i> (2004), ou encore <i>Cet \u00e9t\u00e9 l\u00e0, j\u2019\u00e9tais en vacances<\/i> (2007), d\u00e9ploient d\u2019autres motifs \u2013 des sc\u00e8nes plus pr\u00e9cis\u00e9ment\u00a0: violences polici\u00e8res et situations de combats militaires. Le corps semble davantage consistant dans cette s\u00e9rie\u2026 sauf \u00e0 la comprendre comme une s\u00e9rie dont <i>Pour vivre heureux, restons cach\u00e9s<\/i> (2007) participe.<\/p>\n<p><i>Pour vivre heureux, restons cach\u00e9s<\/i> (2007) participe cette s\u00e9rie tout en manifestant une transition dans le devenir du travail de Val\u00e9rie Vaubourg. D\u00e9j\u00e0, les figures au trait disparaissent au profit de la silhouette \u2013 voire m\u00eame de la t\u00e2che. La figure figurante s\u2019est substitu\u00e9e \u00e0 la figure figur\u00e9e. Dans <i>Phasmes<\/i>, Georges Didi-Huberman distingue les \u00ab\u00a0figures figurantes\u00a0\u00bb des \u00ab\u00a0figures figur\u00e9es\u00a0\u00bb\u00a0: si la figure figur\u00e9e\u00a0est forme, aspect, <i>eidos<\/i>,\u00a0 la figure figurante\u00a0est \u00ab\u00a0figure en suspens, en train de se faire, en train d\u2019appara\u00eetre\u00a0\u00bb\u00a0ou de dispara\u00eetre ; la figure figurante est figure en train de \u00ab\u00a0se pr\u00e9senter\u00a0\u00bb, et non en train de \u00ab\u00a0repr\u00e9senter\u00a0\u00bb. Ainsi, les figures figurantes sont des figures qui semblent n\u2019avoir \u00ab\u00a0pas encore d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 quoi elles vont s\u2019identifier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans <i>Phasmes<\/i>, Georges Didi-Huberman, d\u00e9veloppe une parabole\u00a0: \u00ab\u00a0La parabole des trois regards\u00a0\u00bb. Le philosophe distingue alors trois regards\u00a0: \u00ab\u00a0le regard pour veiller\u00a0\u00bb qui est le regard du d\u00e9tail ou de la figure figur\u00e9e, \u00ab\u00a0le regard pour s\u2019endormir\u00a0\u00bb qui est celui de la figure figurante ou du suspens, et enfin \u00ab\u00a0le regard pour songer\u00a0\u00bb qui est le regard sans objet. Si le \u00ab\u00a0regard pour veiller\u00a0\u00bb est le regard commun pour ainsi dire, c\u2019est-\u00e0-dire le regard des formes constitu\u00e9es et identifiables, le regard du monde comme ensemble d\u2019objets d\u00e9termin\u00e9s et distincts, le \u00ab\u00a0regard pour songer\u00a0\u00bb est le regard de l\u2019informe et de l\u2019ind\u00e9termination, le regard de l\u2019immonde\u00a0; regard qui ne saisit ni aucun objet ni m\u00eame aucune figure\u00a0; regard de l\u2019impossible. Ainsi, le regard du visible s\u2019oppose au regard de l\u2019invisible \u2013 qui ne peut \u00eatre objet du regard. Il ne nous est pas possible de regarder l\u2019immonde, il est seulement possible d\u2019entrapercevoir celui-ci par le \u00ab\u00a0regard pour s\u2019endormir\u00a0\u00bb. Le \u00ab\u00a0regard pour s\u2019endormir\u00a0\u00bb est un regard du\/de seuil\u00a0; on ne peut figurer l\u2019immonde, seulement le circonfigurer en n\u00e9gatif. Par lui, se r\u00e9v\u00e8le l\u2019immonde, ou plut\u00f4t il se manifeste sans pouvoir appara\u00eetre dans sa r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans<i> Pour vivre heureux, restons cach\u00e9s<\/i> (2007), ces figures figurantes sont des silhouettes de soldats morts\u00a0; des silhouettes trait\u00e9es en aplat de couleurs diff\u00e9rentes sur une cimaise\u00a0; associ\u00e9es les unes aux autres \u2013 de fa\u00e7on non syst\u00e9matique comme dans les papiers peints pr\u00e9c\u00e9dents \u2013\u00a0 en une sorte de champ de morts. Dans une autre version de ce travail, les silhouettes sont d\u00e9coup\u00e9es dans des tissus de laine et cousues ensemble pour former un patchwork. La forme d\u00e9coup\u00e9e et coutur\u00e9e a remplace le trait imprim\u00e9 en surface. Un patchwork qui forme une \u00e9trange couverture treillis\u00a0: si le treillis est utilis\u00e9 afin de se cacher, de se fondre dans le d\u00e9cor, de se dissimuler au regard de l\u2019ennemi, il est ici manifestation de la mort\u00a0; l\u2019objet manifeste la mort \u00e0 laquelle pr\u00e9cis\u00e9ment il sert \u00e0 \u00e9chapper\u00a0; fa\u00e7on de repr\u00e9senter l\u2019immonde.<\/p>\n<p>Jacques Lacan rep\u00e8re pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019\u00e9mergence de cet immonde dans l\u2019anamorphose \u2013 qui constitue en ce sens un seuil visuel. L\u2019immonde ou l\u2019invisible serait, pour Lacan, ce qui est hors symbolique et hors imaginaire, c\u2019est-\u00e0-dire ce qui ne peut ni se dire ni s\u2019imaginariser. Lacan nomme cela la Chose \u2013 das <i>Ding<\/i>. Ce que Lacan nomme la Chose peut cependant appara\u00eetre dans le champ de la repr\u00e9sentation pour s\u2019y inscrire entre ; et c\u2019est sous la forme de l\u2019anamorphose que la Chose trouve sa repr\u00e9sentation privil\u00e9gi\u00e9e pour Lacan. Lacan affirme, \u00e0 partir de son observation de <i>Les Ambassadeurs<\/i> d\u2019Holbein\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Donc, dis-je, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;anamorphose est d\u00e9crit comme le point tournant o\u00f9, de cette illusion de l&rsquo;espace, l&rsquo;artiste retourne compl\u00e8tement l&rsquo;utilisation, et s&rsquo;efforce de la faire entrer dans le but primitif, \u00e0 savoir d&rsquo;en faire comme telle le support de cette r\u00e9alit\u00e9 en tant que cach\u00e9e \u2013 pour autant que, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, il s&rsquo;agit toujours dans une \u0153uvre d&rsquo;art de cerner la Chose. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le patchwork camouflage de<i> Pour vivre heureux, restons cach\u00e9s<\/i> (2007), peut \u00eatre saisi selon cette d\u00e9termination. Des figures figurantes \u2013 corps informes \u2013 sont associ\u00e9es pour finalement former un ensemble qui constitue lui-m\u00eame, dans sa totalit\u00e9, une autre figure figurante \u2013 un champ de mort. Ce que cerne ce patchwork, ce que circonfigure cette mani\u00e8re d\u2019anamorphose d\u00e9contextualis\u00e9e, c\u2019est le champ de la mort\u00a0; autrement dit la mort elle-m\u00eame\u00a0; dissolution et disparition des corps. Manifestation qui se produit par un effet de r\u00e9version \u00a0; pour reprendre un terme de Georges Didi-Huberman.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La r\u00e9version est une question de seuil. Dans la r\u00e9version, en effet, un seuil se chantourne sur lui-m\u00eame, un dedans touche presque un dehors, et le <i>contact virtuel<\/i> entre les deux s\u2019ouvrage, s\u2019ouvre, devient <i>seuil visuel<\/i>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><i>Pour vivre heureux, restons cach\u00e9s<\/i> (2007) est le moment o\u00f9 apparaissent, dans le travail de Val\u00e9rie Vaubourg, la figure figurante, le fil et le textile\u00a0; qui se vont se d\u00e9velopper selon d\u2019autres aspects ensuite. Dans <i>Bouquet final<\/i> (2010) \u2013 bouquet ou fragment d\u00e9chiquet\u00e9\u00a0?\u00a0; <i>For\u00eat enchant\u00e9e<\/i> (2011) et la s\u00e9rie <i>Procn\u00e9e et Philom\u00e8le<\/i> (2013) \u2013 des oiseaux dessin\u00e9s au trait noir cousus par des fils rouges (fil de mort\u00a0; <i>cf<\/i>. <i>Nature morte<\/i> (2013))\u00a0; <i>Recherches<\/i> (2013) et <i>Chaperon<\/i> (2014) \u2013 cr\u00e2nes de dentelles ou dentelle qui informe le vide du corps\u00a0?\u2013<\/p>\n<p>La mort.<\/p>\n<p><b>Inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9<\/b><\/p>\n<p>C\u2019est dans le cadre d\u2019une r\u00e9flexion concernant l\u2019esth\u00e9tique que Freud consacre un essai en 1919 \u00e0 la manifestation de l\u2019<i>Unheimliche<\/i>. L&rsquo; <i>Unheimliche<\/i> \u2013 l&rsquo;inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 \u2013 aurait \u00e9t\u00e9, selon Freud, \u00ab\u00a0n\u00e9glig\u00e9 par la litt\u00e9rature esth\u00e9tique proprement dite\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que l\u2019<i>Unheimliche<\/i>\u00a0?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Sans aucun doute, ce concept est apparent\u00e9 \u00e0 ceux d&rsquo;effroi, de peur, d&rsquo;angoisse, et il est certain que le terme n&rsquo;est pas toujours employ\u00e9 dans un sens strictement d\u00e9termin\u00e9, si bien que le plus souvent il co\u00efncide avec \u00ab ce qui provoque l&rsquo;angoisse \u00bb. Cependant, on est en droit de s&rsquo;attendre, pour justifier l&#8217;emploi d&rsquo;un mot sp\u00e9cial exprimant un certain concept, \u00e0 ce qu&rsquo;il pr\u00e9sente un fond de sens \u00e0 lui propre. On voudrait savoir quel est ce fond, ce sens essentiel qui fait que, dans l&rsquo;angoissant lui-m\u00eame, l&rsquo;on discerne de quelque chose qui est l&rsquo;inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Freud consid\u00e8re alors deux voies pour d\u00e9terminer l\u2019<i>Unheimliche<\/i>\u00a0: \u00ab\u00a0ou bien rechercher quel sens l&rsquo;\u00e9volution du langage a d\u00e9pos\u00e9 dans le mot \u00ab <i>unheimlich<\/i> \u00bb, ou bien rapprocher tout ce qui, dans les personnes, les choses, les impressions sensorielles, les \u00e9v\u00e9nements ou les situations, \u00e9veille en nous le sentiment de l&rsquo;inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0; voies qui conduisent au m\u00eame r\u00e9sultat\u00a0: \u00ab\u00a0l&rsquo;inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 sera cette sorte de l&rsquo;effrayant qui se rattache aux choses connues depuis longtemps, et de tout temps famili\u00e8res\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Une fois cette premi\u00e8re d\u00e9finition formul\u00e9e, Freud d\u00e9veloppe des consid\u00e9rations \u00e9tymologiques et linguistique des termes <i>Heimlich<\/i> et <i>Unheimlich<\/i>\u00a0; et de leurs \u00e9quivalents dans diff\u00e9rentes langues. En langue allemande, l&rsquo;\u00e9tude \u00e9tymologique nous apprend que <i>unh<\/i><i>eim<\/i><i>li<\/i><i>c<\/i><i>h <\/i>est l&rsquo;oppos\u00e9 de <i>b<\/i><i>e<\/i><i>imlic<\/i><i>h<\/i>\u00a0;<i> <\/i><i>h<\/i><i>e<\/i><i>i<\/i><i>m<\/i><i>li<\/i><i>ch <\/i>\u00e9tant le familier, l&rsquo;intime, le connu, qui rappelle le foyer. Mais le terme de <i>h<\/i><i>e<\/i><i>i<\/i><i>m<\/i><i>li<\/i><i>c<\/i><i>h <\/i>a aussi la signification de secret, cach\u00e9, sournois, voire dangereux, de sorte que l&rsquo;acception finit par se confondre avec son contraire <i>unhe<\/i><i>i<\/i><i>ml<\/i><i>i<\/i><i>ch. <\/i>En effet, on appelle \u00e9galement <i>u<\/i><i>nh<\/i><i>e<\/i><i>i<\/i><i>ml<\/i><i>i<\/i><i>c<\/i><i>h <\/i>ce qui devrait rester secret mais \u00e9merge, se manifeste. On passe donc insensiblement, dans le langage courant allemand, de <i>h<\/i><i>e<\/i><i>imlich <\/i>\u00e0 son contraire unheimlich. Cette analyse permet \u00e0 Freud de conclure\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ainsi \u00ab <i>heimlich<\/i> \u00bb est un mot dont le sens se d\u00e9veloppe vers une ambivalence, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;enfin il se rencontre avec son contraire \u00ab <i>unheimlich<\/i> \u00bb. \u00ab <i>Unheimlich<\/i> \u00bb est, d&rsquo;une mani\u00e8re quelconque, un genre de \u00ab <i>heimlich<\/i> \u00bb.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le \u00ab <i>Heimliche-Heimische<\/i> \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo; \u00ab intime de la maison \u00bb \u00bb, l\u2019intime du lieu. Le plus familier est simultan\u00e9ment le plus \u00e9tranger et c\u2019est cette \u00ab\u00a0\u00e9trange familiarit\u00e9\u00a0\u00bb ou cette \u00ab\u00a0familiarit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re\u00a0\u00bb qui provoque l\u2019<i>Unheimliche<\/i>. Serait \u00ab\u00a0 \u00e9trangement inqui\u00e9tant tout ce qui devait rester un secret, dans l\u2019ombre, et qui en est sorti\u00a0\u00bb, \u00e9crit Freud.<br \/>\nPour finir, Freud analyse diff\u00e9rents exemples de situations courantes d\u2019<i>Unheimliche<\/i>. Parmi ces exemples, il d\u00e9crit deux situations concernant l\u2019espace ou le lieu.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un Jour o\u00f9, par un br\u00fblant apr\u00e8s-midi d&rsquo;\u00e9t\u00e9, je parcourais les rues vides et inconnues d&rsquo;une petite ville italienne, je tombai dans un quartier [\u2026] et je m&#8217;empressai de quitter l&rsquo;\u00e9troite rue au plus proche tournant. Mais, apr\u00e8s avoir err\u00e9 quelque temps sans guide, je me retrouvai soudain dans la m\u00eame rue [\u2026] et la h\u00e2te de mon \u00e9loignement n&rsquo;eut d&rsquo;autre r\u00e9sultat que de m&rsquo;y faire revenir une troisi\u00e8me fois par un nouveau d\u00e9tour. Je ressentis alors un sentiment que je ne puis qualifier que d&rsquo;\u00e9trangement inqui\u00e9tant [\u2026].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0D&rsquo;autres situations, qui ont de commun avec la pr\u00e9c\u00e9dente le retour involontaire au m\u00eame point, en diff\u00e9rant radicalement par ailleurs, produisent cependant le m\u00eame sentiment de d\u00e9tresse et d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 inqui\u00e9tante. Par exemple, quand on se trouve surpris dans la haute futaie par le brouillard, qu&rsquo;on s&rsquo;est perdu, et que, malgr\u00e9 tous ses efforts pour retrouver un chemin marqu\u00e9 ou connu, on revient \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 un endroit signal\u00e9 par un aspect d\u00e9termin\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ou bien lorsqu&rsquo;on erre ans une chambre inconnue et obscure, cherchant la porte ou le commutateur et que l&rsquo;on se heurte pour la dixi\u00e8me fois au m\u00eame meuble [\u2026].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Si ces trois situations ont en commun l\u2019\u00e9garement, elles d\u00e9crivent \u00e9galement un retour en un m\u00eame lieu\u00a0; autrement dit un espace orient\u00e9 par un seul point ; sorte de point d\u2019aimantation pour ainsi dire. L\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 participe d\u2019une insistance, d\u2019un retour du\/au m\u00eame. C\u2019est ce point qui est <i>unheimlich<\/i>\u00a0: c\u2019est-\u00e0-dire, comme ajoute Freud plus loin, qui est \u00ab\u00a0le \u00ab <i>Heimliche-Heimische<\/i> \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo; \u00ab intime de la maison \u00bb \u00bb, l\u2019intime du lieu.<\/p>\n<p>Ce qui insiste, dans le travail de Val\u00e9rie Vaubourg, c\u2019est le corps, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment son absence.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de l\u2019<i>excursus<\/i> sur l\u2019\u00e9tranger de Georg Simmel, dans son ouvrage <i>Sociologie<\/i><i><\/i>, L<a href=\"http:\/\/www.persee.fr\/web\/revues\/home\/prescript\/author\/auteur_comm_976\">ilyane Deroche-Gurcel<\/a> montre que<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0la distance [\u2026] signifie que le proche est ou devient lointain, tandis que l\u2019\u00e9tranget\u00e9 [\u2026] indique que le lointain devient proche.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Autrement dit, poursuit l\u2019auteur\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pour que prenne effet l\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9, il faut d\u2019abord que le familier [\u2026] prenne ses distances, que le proche devienne lointain, et que, retour du d\u00e9pass\u00e9 ou du refoul\u00e9, le lointain devienne proche, soit que ce qui devait rester dans l\u2019ombre en sorte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tranget\u00e9 est donc aussi une affaire de seuil. Quoi de plus proche que la condition f\u00e9minine ali\u00e9n\u00e9e\u00a0? Quoi de plus proche que la r\u00e9duction de la femme \u00e0 quelques images st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es\u00a0? Quoi de plus proche que les images de violence et de mort\u00a0?<\/p>\n<p>N\u2019est-ce pas pr\u00e9cis\u00e9ment ces papiers peints\u00a0? Quoi de plus familier que le papier peint\u00a0? Quoi de plus familier et connu que la toile de Jouy\u00a0? Quoi de plus lointain \u2013 pour nous que la r\u00e9alit\u00e9 de la violence et de la mort\u00a0?<\/p>\n<p><b>Oxymore<\/b><\/p>\n<p>En rh\u00e9torique, un oxymore ou oxymoron, du grec \u1f40\u03be\u03cd\u03bc\u03c9\u03c1\u03bf\u03c2 est une figure de style qui vise \u00e0 rapprocher deux termes que leurs sens devraient \u00e9loigner, dans une formule en apparence contradictoire. L&rsquo;oxymore produit une situation inattendue \u2013 voire inconcevable en r\u00e9v\u00e9lant l\u2019absurde.<\/p>\n<p>Cette inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 et cette r\u00e9version tient en partie \u00e0 la matrice oxymorique de certains travaux de Val\u00e9rie Vaubours.<\/p>\n<p>Il y a une matrice oxymorique dans ces toiles de Jouy. L\u2019oxymore (\u00ab\u00a0est fondamentalement transgressive en ce qu&rsquo;elle associe et confond des champs lexicaux et s\u00e9mantiques incompatibles ; dans la rencontre improbable, l&rsquo;oxymore d\u00e9ploie un espace d&rsquo;envahissement r\u00e9ciproque de lieux oppos\u00e9s, et d\u00e9joue donc toute d\u00e9limitation, toute configuration diff\u00e9rentielle.<\/p>\n<p>C\u2019est le motif de violence en toiles de jouy, c\u2019est les fragments de squelette en dentelle, c\u2019est aussi le leurre des mouches.<\/p>\n<p>C\u2019est, et peut \u00eatre surtout, le rapport entre la techniques \u2013 des ouvrages de dame \u2013 et la th\u00e9matique \u2013 ali\u00e9nation, violence, mort.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi le rapport des \u00e9nonc\u00e9s aux objets\u00a0; des titres aux ouvrages.<\/p>\n<p><b>Linceul<\/b><\/p>\n<p>Pi\u00e8ce de\u00a0<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Textile\">tissu<\/a>\u00a0s&rsquo;apparentant \u00e0 un\u00a0<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Drap_(literie)\">drap<\/a>\u00a0dans laquelle on enveloppe un <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cadavre\">cadavre<\/a>.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait autrefois traditionnellement fabriqu\u00e9 en\u00a0<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Toile_de_lin\">toile de lin<\/a>, d&rsquo;o\u00f9 son nom. Au\u00a0<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Moyen_%25C3%2582ge\">Moyen \u00c2ge<\/a>, les d\u00e9funts sont inhum\u00e9s cousus dans leur linceul\u00a0; le drap de leur\u00a0<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lit_(mobilier)\">lit<\/a><sup>.<\/sup><\/p>\n<p><i>Linceul<\/i> (2015)\u00a0: pas de titre ambigu\u00eb \u2013 c\u2019est le premier travail dont l\u2019\u00e9nonc\u00e9 est sans \u00e9quivoque, adh\u00e9rent \u00e0 son objet\u00a0: une pi\u00e8ce de tissu brod\u00e9e de mouches \u2013 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle 1 \u2013 \u00e9parses. La mouche n\u2019est pas v\u00e9ritablement ici un motif\u00a0: ce n\u2019est pas le m\u00eame motif r\u00e9p\u00e9t\u00e9, aucune mouche brod\u00e9e n\u2019est l\u2019exacte r\u00e9p\u00e9tition d\u2019une autre. La mouche tient ici du dessin au fil, en volume, une forme \u00e9vocatrice\u00a0; figures figurantes qui donne pr\u00e9cis\u00e9ment une impression vibratoire produisant un effet de r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Lors d\u2019une discussion \u00e0 b\u00e2ton rompu, Val\u00e9rie Vaubourg m\u2019a fait part d\u2019un souvenir qu\u2019elle s\u2019est rappel\u00e9 alors. \u00c9tudiante aux Beaux-Arts, elle faisait un stage de styliste chez Boussac o\u00f9 on lui avait confi\u00e9 la mission de trier et de classer les archives \u2013 les motifs cr\u00e9\u00e9s depuis le milieu du XIXe si\u00e8cle jusqu\u2019au milieu du XXe. En triant ces archives lui appara\u00eet un dessin de motif de mouche qui l\u2019a beaucoup surprise. Quand je lui demande de me d\u00e9crire ce motif, elle me r\u00e9pond qu\u2019elle ne sait plus vraiment \u00e0 quoi il ressemblait, mais, ajoute t elle, \u00ab\u00a0il m\u2019a marqu\u00e9e\u00a0\u00bb. La mouche r\u00e9appara\u00eet dans <i>Recherche<\/i> ()\u00a0: brod\u00e9e sur un napperon de dentelle sur lequel est en partie pos\u00e9e un cr\u00e2ne d\u2019oiseau\u00a0; et d\u00e9j\u00e0, elle signifie donc sa proximit\u00e9 avec la mort. Dans <i>Linceul<\/i>, cr\u00e2ne, dentelle et napperon on disparu\u00a0: ne reste plus que mouches et textile.<\/p>\n<p>Si, comme le th\u00e9orise Lacan, la pratique artistique est une pratique qui met dans une proximit\u00e9 avec ce qu\u2019il nomme la Chose\u00a0\u2013 objet inaccessible et impossible qui aimante son d\u00e9sir et conditionne les circuits de sa jouissance \u2013, la sublimation est comprise comme ce qui \u00e9l\u00e8ve un objet \u00e0 la dignit\u00e9 de la Chose<i>. <\/i>Mais, pour tenter de concevoir la Chose \u00ab impossible de nous l\u2019imaginer \u00bb il faut la \u00ab contourner \u00bb, la \u00ab cerner \u00bb. Si n\u2019importe quel objet imaginaire peut avoir cette valeur de re-pr\u00e9senter la Chose, il faut cependant l\u2019isoler, le cerner, le contourner. Ainsi, l\u2019objet imaginaire sublim\u00e9 ne sera pas ins\u00e9r\u00e9\u00a0dans la structure signifiante, comme l\u2019est n\u2019importe quel objet imaginaire non sublim\u00e9\u00a0; il s\u2019agit ainsi de d\u00e9simaginariser cet objet\u00a0; ce qu\u2019op\u00e8re pr\u00e9cis\u00e9ment le passage de <i>Recherche<\/i> \u00e0 <i>Linceul<\/i>.<\/p>\n<p>Distinguer le discours imaginaire de la manifestation du r\u00e9el, c\u2019est reconna\u00eetre qu\u2019une image, ou un objet, manifeste autre chose que ce qu\u2019elle raconte. D\u00e8s lors, la d\u00e9simaginarisation est effort d\u2019approcher la chose au plus pr\u00e8s, tentative de cisrconscrire la chose le plus \u00e9troitement. <i>Linceul<\/i>, par son \u00e9conomie de moyen, participe de cette op\u00e9ration.<\/p>\n<p>C\u2019est pour cela que <i>Linceul<\/i> appara\u00eet simultan\u00e9ment comme l\u2019ouvrage le plus universel et le plus particulier des ouvrages de Val\u00e9rie Vaubourg\u00a0: l\u2019universel de \u00ab\u00a0tous les corps\u00a0\u00bb et le particulier de \u00ab\u00a0chaque corps\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans une version de Linceul, des mouches imprim\u00e9es sont associ\u00e9es aux mouches brod\u00e9es, s\u2019ajoute ainsi un effet de profondeur\u00a0: comme si derri\u00e8re l\u2019\u00e9toffe il y avait aussi des mouches. Dessus, des mouches, dessous, des mouches\u00a0; partout des mouches rien et plus que des mouches. Surface plane, Linceul ne dissimule plus rien\u00a0; il n\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment plus trompe l\u2019\u0153il en r\u00e9v\u00e9lant le n\u00e9ant du corps.<\/p>\n<p><b>\u2026Vanit\u00e9<\/b><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La puissance des mouches, elles gagnent des batailles, emp\u00eachent notre \u00e2me d\u2019agir, mangent notre corps.\u00a0\u00bb, \u00e9crit Pascal ; fragment des <i>Pens\u00e9es<\/i> illustrant la vanit\u00e9 des hommes. Le cr\u00e2ne est l\u2019objet le plus repr\u00e9sentatif de la Vanit\u00e9. Mais, s\u2019il renvoie \u00e0 la mort, c\u2019est moins en tant que fragment de squelette que par le regard qu\u2019il porte sur nous. Le cr\u00e2ne aux orbites vides, sans yeux, et pr\u00e9cis\u00e9ment pur regard\u00a0: il est le regard de la mort\u00a0; il est la mort qui nous regarde. Les mouches de <i>Linceul<\/i> s\u2019affairent, elles sont \u00e0 leur ouvrage et elles nous regardent aussi. Et elles nous regardent d\u2019un regard qui signifie\u00a0: \u00ab\u00a0Depuis toujours d\u00e9j\u00e0 et \u00e0 jamais tu es d\u00e9pouille.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>MUSCAMEDIA \u00c0 partir de Linceul, de Val\u00e9rie Vaubourg Fr\u00e9d\u00e9ric Yvan La Malterie 28 mai 2015 \u00ab\u00a0La puissance des mouches, elles gagnent des batailles, emp\u00eachent notre \u00e2me d\u2019agir, mangent notre corps.\u00a0\u00bb Pascal, Pens\u00e9es \u00c0 l\u2019ouvrage\u2026 Femme sage reste \u00e0 son ouvrage (2013). Apparemment, Val\u00e9rie Vaubourg est \u00e0 l\u2019ouvrage\u00a0: on l\u2019imagine patiente, pr\u00e9cise, d\u00e9licate, brodant minutieusement figure &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/valerievaubourg.com\/?page_id=866\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;MUSCAMEDIA  \u00c0 partir de Linceul, Texte de  Fr\u00e9d\u00e9ric Yvan&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/valerievaubourg.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/866"}],"collection":[{"href":"https:\/\/valerievaubourg.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/valerievaubourg.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/valerievaubourg.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/valerievaubourg.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=866"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/valerievaubourg.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/866\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":871,"href":"https:\/\/valerievaubourg.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/866\/revisions\/871"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/valerievaubourg.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=866"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}